La vente Hlm : une opportunité pour des femmes cheffes de famille

L’équipe du projet de recherche Profils et trajectoires des ménages devenant propriétaires de logements sociaux (Peuples des Villes – LaSSA) a identifié des enjeux liés aux questions de genre dans l’accession sociale à la propriété par la vente Hlm. Ces premiers éléments d’analyse, basées sur une enquête qualitative, ouvre d’intéressantes perspectives. Explications avec Johanna Lees, socio-anthropologue et chercheuse au Laboratoire de sciences sociales appliquées (LASSA), chercheuse correspondante au Centre Norbert Elias.

Le projet de recherche Profils et trajectoires des ménages devenant propriétaires de logements sociaux vise à mieux comprendre les effets de la vente Hlm sur les accédants tant en termes de rapports de classe que de rapports à l’habitat, à l’habiter, à la citoyenneté, à la ville et au quartier. « Nous cherchons aussi à comprendre les trajectoires des ménages dans leurs dimensions socio-économique et affective dans un contexte marqué par des difficultés d’accès au logement, notamment pour les plus modestes », complète Johanna Lees qui précise : « C’est au cours de nos entretiens de terrain avec les accédants, et plus particulièrement avec des femmes cheffes de famille, que leurs témoignages nous ont révélé une problématique spécifique que nous n’avions pas envisagée lors de la préparation de notre projet de recherche. » Parmi les douze femmes interrogées dans les Bouches-du-Rhône, sept sont cheffes de familles monoparentales, dont cinq ont été en situation de graves difficultés à la suite d’une séparation et/ou d’une perte d’emploi et avec un ou plusieurs enfants à charge. Leurs parcours de rupture très similaires les ont conduites d’abord vers un logement locatif social qui les a alors stabilisées et leur a permis de reprendre pied. Elles ont finalement acheté leur logement dans le cadre de programmes de vente.

Le logement Hlm tremplin pour l’ascension et l’accession sociale ?

Quand elles obtiennent un logement locatif Hlm, ces femmes ont un niveau d’étude correspondant au Bac et un statut socio-économique modeste qu’elles vont s’employer à rehausser en s’engageant dans des formations qualifiantes. Par exemple, une préparatrice en chimie obtient la qualification de technicienne, une aide-soignante passe son diplôme d’infirmière, une institutrice accède au poste de conseillère principale d’éducation. C’est avec leur nouveau statut professionnel qu’elles acquièrent un logement Hlm. « Ces évolutions soulignent le rôle que joue le logement locatif social qui agit pour ces femmes comme un tremplin vers une ascension professionnelle et permet ainsi l’accession à la propriété et la sortie de la précarité. » Ces résultats confirment la capacité du logement Hlm à permettre une ascension professionnelle en offrant une stabilisation par le logement aux ménages partant du bas de l’échelle sociale. À noter que ces femmes qui reprennent des études tout en travaillant ont aussi des enfants à charge.

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(c) Pierre-Yves Brunaud / USH

La propriété source d’indépendance

Les motivations d’achat d’un logement des femmes et des hommes sont à la fois communes et dissemblables. Ensemble, ils partagent la volonté d’acquérir un logement pour transmettre un patrimoine à leurs enfants et assurer la sécurité financière du ménage. « Mais si l’on va dans le détail », précise Johanna Lees, « l’objectif de sécurisation est plus prégnant chez les femmes qui connaissent statistiquement une plus grande précarité. » L’accession à la propriété relève à leurs yeux d’une nécessité plus importante que pour les hommes, du fait qu’elles travaillent plus souvent à temps partiel et avec des emplois moins bien rémunérés. En cas de divorce, les femmes sont bien plus nombreuses à tomber dans la pauvreté (22% contre 3% pour les hommes) selon des données de l’Insee de 2018. Autre motivation prégnante parmi les femmes enquêtées, le désir d’autonomisation pour échapper à la dépendance économique d’un homme : le fait d’acheter un logement donne une indépendance aux femmes qui les rassure et les protège de la précarité sur le long terme. Il leur permet, par ailleurs, de faire des choix affectifs plus librement consentis.

Retrouver l’estime de soi

Les bénéfices que ressentent les femmes cheffes de familles monoparentales en achetant un logement Hlm portent également sur un aspect plus psychologique : l’estime de soi. « Une estime de soi gagnée, retrouvée, ou décuplée du fait qu’elles vivaient dans une plus grande précarité que les hommes. Ce processus d’estime de soi est d’autant plus marqué chez les femmes ayant connu les plus grandes difficultés, par exemple en se retrouvant à la rue sans ressources et avec des enfants à charge », explique Johanna Lees. « Elles peuvent aussi trouver dans l’accès à la propriété une forme de respectabilité sans rapport statutaire ou égoïste. » En effet, les observations sur l’échantillon étudié mettent au jour un altruisme et une solidarité féminine qui conduisent les femmes ayant accédé à la propriété à encourager, à conseiller et à aider celles qui n’osent pas franchir cette étape qu’elles perçoivent comme un rêve irréalisable. Johanna Lees prend ainsi comme exemple la propriétaire d’un ancien logement Hlm qu’elle revend pour acquérir une maison dans laquelle elle fait aménager un studio afin d’y héberger gratuitement des femmes seules en difficulté.

 

Par Victor Rainaldi

«Zoom sur»

Contacts

Dominique Belargent, responsable des partenariats institutionnels et de la recherche, coordinateur du Réseau des acteurs de l’habitat, l’Union sociale pour l’habitat

François Ménard, responsable de programme de recherche au Plan urbanisme, construction, architecture

Bruno Marot, urbaniste et chercheur, docteur en politiques urbaines

Lettre d'information trimestrielle : inscription auprès de Gabriela Mensah