La vente Hlm reconfigure les liens entre les habitants

Une étude des effets de la vente de logements sociaux sur les parcours et les pratiques des habitants d’un immeuble de la région parisienne fait apparaître plusieurs évolutions. Notamment le développement d’une mixité sociale pendant le processus de vente qui modifie les relations entre les habitants. 

Initiée en 2010, la mise en vente des logements d’une résidence Hlm en lisière du centre-ville de Villejuif, une commune de la petite couronne parisienne, a reconfiguré les liens sociaux entre les habitants et impacté leur cohabitation. « Cette reconfiguration est liée à la vente des deux tiers des logements qui a créé une mixité sociale et de statuts d’occupation tant à l’échelle des cages d’escaliers que des paliers », observent Pauline Gali et Félix Cardoso, deux des auteurs de l’étude*. Des liens multiples se sont noués entre les habitants de la résidence. Ces liens transcendent les statuts d’occupation et, plus partiellement, les catégories sociales qui continuent cependant à déterminer une plus forte intensité des relations entre les ménages partageant un même statut social. En même temps, les services d’entraide que se rendent mutuellement les habitants, tels que ceux liés aux enfants ou à la récupération de colis, sont davantage régis par des logiques de proximité physique (sur le périmètre du palier) que de statut social.

Un affaiblissement du lien social

Parmi les changements résultant de la vente et de la modification de la gestion de l’immeuble, désormais confiée à un syndic privé, les auteurs font plusieurs constatations : « La mise en copropriété induit une mise à l’écart des locataires sociaux et privés de la gestion de la résidence qui est entre les mains de l’assemblée générale des copropriétaires et du conseil syndical. Les membres de ces instances partagent également un réseau d’échange en ligne [une boucle WhatsApp] qui leur est dédié. » En même temps, cette exclusion est créatrice de liens quand les locataires vont se renseigner auprès des copropriétaires. Mais les locataires Hlm ne se sentent pas moins dépossédés du rôle qu’ils pouvaient jouer dans la gestion, du temps où ils entretenaient des relations directes avec le bailleur social. Ils sont aussi nombreux à ressentir un affaiblissement des liens sociaux du fait du changement d’usage de la salle commune autrefois consacrée à des moments de convivialité et de rencontres mais aussi à l’aide aux devoirs des enfants. Depuis le passage en copropriété, elle est fermée et dédiée aux assemblées générales et aux réunions du conseil syndical. « Des projets pour la rouvrir à tous et recréer une Amicale réunissant locataires et copropriétaires émergeaient pendant l’étude mais restaient au stade embryonnaire », signalent Pauline Gali et Félix Cardoso.

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© Pierre-Yves Brunaud / USH

Des conflits structurés autour du statut d’occupation

La disparition du gardien à demeure est regrettée dans la mesure où il occupait un rôle central dans l’animation des liens sociaux et l’intermédiation. Sa présence accélérait les interventions en cas de panne ou de dégradation. Les auteurs de l’étude ont également constaté l’émergence de conflits liés aux statuts d’occupation. Les copropriétaires ont tendance à accuser les locataires de négliger les parties communes et ces derniers à reprocher aux premiers de se donner tous les droits, par exemple en rangeant leurs vélos sur les paliers. Ces tensions peuvent sembler assez banales et paraître relever de problèmes de cohabitation classiques dans les copropriétés. Elles s’inscrivent toutefois dans un clivage locataires/propriétaires amplifié par le fait qu’à l’origine il n’y avait que des locataires Hlm et donc aucune différence de statuts entre résidents.

 

*Pauline Gali et Félix Cardoso font partie d’une équipe de cinq étudiants du master 2 Urbanisme-Aménagement de l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne ayant travaillé, dans le cadre d’un atelier pour le compte de CDC Habitat, sur cette copropriété mixte de Villejuif. Leur travail, réalisé sous la direction de Mathieu Gimat et Sylvie Fol, est intitulé « Les effets de la vente de logements sociaux sur les parcours et les pratiques des habitants ». Cet atelier étudiant s’inscrit dans le programme de recherche sur la vente Hlm (2020-2023) pour lequel le laboratoire Géographie-Cités conduit un projet de recherche intitulé : « Vente de logements sociaux en Île-de-France : les organismes hlm et leurs locataires face au marché immobilier francilien ».

 

Par Victor Rainaldi

«Zoom sur»

Contacts

Dominique Belargent, responsable des partenariats institutionnels et de la recherche, coordinateur du Réseau des acteurs de l’habitat, l’Union sociale pour l’habitat

François Ménard, responsable de programme de recherche au Plan urbanisme, construction, architecture

Bruno Marot, urbaniste et chercheur, docteur en politiques urbaines

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